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PHOTOS DU QUEYRAS, randonnées, lieux, récits

Des sentiers pour la nature


Sentier du lac de Clausis, récemment refait magnifiquement par le Parc Régional Naturel du Queyras. Clic/agrandir

Depuis les années soixante-dix environ, on a compris l'importance des chemins en montagne. Plus le chemin est bon, moins les gens sont tentés de s'en écarter. On remarque même, quand le chemin est suffisamment large, que bien des randonneurs font leurs pauses en s'asseyant au bord du chemin, profitant de la différence de dénivelé induite par le creusement du sentier.

On peut observer assez facilement dans les vallons où le chemin se perd, et où les gens circulent partout donc, que les animaux sont plus farouches, preuve qu'ils sont davantage dérangés. En fait, la faune en général s'adapte aux randonneurs sur sentier, ce qu'elle ne peut pas faire s'ils vont partout. Elle disparaît aux heures de passage, réapparaît le reste du temps. Un bon moyen de voir des animaux est d'ailleurs de décaler ses horaires : plus tôt ou plus tard.

Le bon chemin dans un vallon évite également le piétinement. Or, c'est lui qui est responsable de bien des dégâts et de la disparition de certaines espèces de fleurs. Vous me direz : il y a tout de même de la place, et les gens ne peuvent pas tout piétiner. Ce n'est pas si évident tant certains vallons sont étroits. De plus, en cas d'absence ou de mauvais chemin, la circulation se fait en général au plus bas, dans la zone la plus humide. Les nouveaux chemins évitent en général les points bas, afin de préserver la flore qui requiert de l'humidité.

Tracer un bon sentier permet de contourner les zones humides ou certaines stations qui abritent des espèces protégées et fragiles. Rien n'empêche le public averti d'aller voir, sans dommage car la plus grande partie des randonneurs ne le fait pas. C'est mieux qu'une interdiction.

À travers ces explications, on comprend l'intérêt de ne pas sortir inutilement du sentier (particulièrement en forêt et dans la partie supérieure des vallons). Si on veut, on peut, mais si on veut pouvoir garder cette possibilité, il ne faut pas en abuser. Dans les zones sensibles, les autorités peuvent être amenées à interdire le hors-sentier, voire l'accès même sur le sentier. Il s'agit de préserver des espèces qui pâtissent beaucoup du dérangement, comme tétras (petit et grand), lagopède, gelinotte, bartavelle, lièvre variable.

Il convient toutefois de relativiser dérangement et piétinement. Dans la plupart des cas, le premier provient des chiens : chiens errants, chiens du berger, et plus rarement chiens des touristes ; et le second, des moutons.

Crête Curlet à Saint Véran : l'absence de chemin marqué abouti à la destruction progressive de la crête. Clic/agrandir

Dans les pentes, un bon chemin dissuade les randonneurs de prendre des raccourcis. Même si c'est interdit, et bien connu comme néfaste, beaucoup de randonneurs peu scrupuleux s'y adonnent à qui-mieux-mieux. Plutôt que de faire une impossible police, il est préférable de faire un chemin si bon que le couper est peu attractif. Le bon chemin canalise également les eaux de pluie, aussi faut-il prévoir la possibilité à l'eau de s'en écouler à des endroits judicieux. Quand le chemin est peu marqué, le ravinement se produit à peu près partout.

On le voit, un bon chemin a de multiples vertus. On peut y ajouter la sécurité, bien que ce dernier point soit relatif car rassurés, certains touristes ne s'équipent pas suffisamment. Même sur un excellent sentier il est impératif d'avoir de bonnes chaussures. Aussi bon soit le chemin, il y aura toujours des pierres ; en outre, on peut toujours mettre le pied en dehors du chemin, en croisant un groupe de randonneurs par exemple ; enfin, on sortira tout de même du chemin, au pique-nique par exemple ; et les enfants courront partout.

Seulement voilà : refaire un chemin est un travail long et pénible, coûteux en temps-homme. Peu de communes ont les moyens de le faire. Saluons donc les Parcs en général et le Parc du Queyras en particulier pour ce travail utile. On notera sur la photo en tête d'article que le travail est particulièrement bien fait. Le chemin est bien tracé, régulier et d'une largeur suffisante sans être excessive. Il y a de quoi méditer, à l'heure où les Balcons du Mercantour (Balcons du Mercantour, une folie ?) sont tracés à la chenillette et à l'explosif !

Cerise sur le gâteau, un chemin qui serpente est esthétique en photo et donne du charme à certains vallons monotones et aux passages en forêt ! Et bien entendu, un bon chemin incite à randonner, y compris des publics peu aguerris, qui seront peut-être demain les meilleurs défenseurs de la nature et des sites.

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