Le mélèze et le pâturage
« Le moindre ressaut dans une paroi et le mélèze pousse, semblant défier la gravité et l'entendement ». Clic/agrandir
Le mélèze est un conifère à feuilles caduques, c'est-à-dire qu'il perd ses feuilles de manière saisonnière (les autres conifères les perdent par cycles, il en reste toujours sur l'arbre). Cette propriété embellit les automnes d'une couleur or caractéristique. Mi-octobre, le spectacle est à son comble.
Le mélèze est par ailleurs un arbre très résistant qui prospère dans les faces nord et dans les faces escarpées souvent à l'ombre du fait de leur pente et de leur hauteur. Il n'aime pas le brouillard et l'humidité stagnante, aussi se trouve-t-il dans les Alpes internes principalement, toutes régions protégées des vents d'ouest. Le moindre ressaut dans une paroi et le mélèze pousse, semblant défier la gravité et l'entendement.
Le mélèze démarre vers 1500 mètres d'altitude et grimpe jusqu'à 2400 mètres. On peut observer que la plupart du temps le mélezein s'arrête vers 2000 mètres, mais que des arbres isolés se développent ici ou là, généralement sur des escarpements. Pourquoi pas une forêt continue entre 2000 et 2400 mètres ? Tout simplement à cause du pâturage.
Au-delà de 2000 mètres le mélèze ne subsiste plus que sur les ressauts, ici et là. Clic/agrandir
Depuis le Moyen Age, l'homme fait pâturer les bêtes en altitude, réservant la moyenne montagne aux prairies. Au début, les troupeaux étaient cantonnés dans les pelouses naturelles, au-delà de 2400 mètres d'altitude. Progressivement, l'homme a défriché voire brûlé la partie haute de la forêt pour augmenter la surface des pâturages. Cette conquête de surface a été rendue nécessaire par le développement de la transhumance dès 1300, devenue une véritable activité commerciale vers 1500 (troupeaux de moutons hivernant en Provence et passant l'été en montagne).
Au fait, pourquoi 2000 mètres ? Tout simplement parce que c'est souvent le haut des pentes. Donner cette altitude est une commodité de langage, il vaudrait mieux dire : « en haut des pentes ». L'homme laissait les versants en mélezein et utilisait le vallon pour la pâture.
Après la Révolution industrielle, du fait de l'exode rural, les prairies de moyenne montagne furent peu à peu abandonnées et l'activité économique s'est resserrée autour du pâturage, entraînant du surpâturage. Nous reviendrons dans d'autres articles sur les méfaits du surpâturage. Pour l'instant, contentons nous d'observer ici et là les mélèzes isolés, témoins d'anciennes forêts. Avec le recul du pâturage en différents endroits, on observe clairement le mélèze repartir à l'assaut des hauteurs.
Le mélèze repart à l'assaut des hauteurs, ici dans l'alpage de la Montagne du Viso. Au fond, le Mont Viso. Clic/agrandir
Le promeneur peut facilement observer que le paysage de montagne change et que la forêt gagne du terrain. Cependant, le mélèze ne repousse pas partout, la pâture laisse souvent place à une lande stérile qui mettra beaucoup de temps à devenir un mélezein. Le paysage que nous connaissons disparaîtra-il avec l'abandon progressif des pâtures ou faut-il les maintenir ?
On voit à travers cette interrogation que la protection de la nature comporte une dimension humaine. D'un côté l'intérêt du promeneur rejoint celui du berger, le pâturage permettant les espaces dégagés que le randonneur apprécie, d'un autre le protecteur de la nature qui est souvent le même que le randonneur voudrait plus de protection. Ce que nous appelons protection de la nature est donc un arbitrage entre la vraie nature (souvent d'épaisses forêts), celle héritée de l'activité humaine et celle que nous apprécions…
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12 Septembre 2008 à 17:49 dans
- VIE DE LA NATURE




Tout d'abord, bravo pour la première photo de ce mélèze alpiniste...et lumineux !
Effectivement, l'exemple est pertinent sur les choix de gestion ou de non gestion de ces espaces (car oui, d'un certain point de vue, un mouton est...un outil de gestion !).
Impossible de tenir des propos radicaux et définitifs sur le sujet.
Je pense en l'occurrence, que le premier vrai problème auquel les alpages sont confrontés en ce moment est le sur-pâturage.
Car il faut reprendre l'historique : avant les moutons en Ubaye, c'était les prairies de fauche qui prospéraient, bien plus riches en biodiversité que les alpages sur-pâturés. Avec le développement des moyens de transport et des pratiques agricoles, le foin est arrivé de Crau, et les moutons de cette même Crau (mais pas uniquement), sont montés pâturer l'alpage. Et c'est ce qui a changé vraiment la donne à ces altitudes, et particulièrement dans les Alpes du Sud où la végétation est soumise à l'érosion des orages lorsqu'elle vient d'être pâturée.
La démarche est désormais si avancée, que le retour en arrière est peu probable. Mais améliorer les "schémas de pâturage" devrait permettre de retrouver un peu de diversité, là où il ne pousse quasiment plus que du "queyrel".
Posté par David — 21 Sep 2008, 20:16
Merci de vos précisions. Au sujet du surpâturage, je suis bien évidemment d'accord, mais ce n'était pas le sujet de l'article, patience ! J'ai d'ailleurs des photos à la fois belles et éloquentes, et j'ai l'intention d'en parler plus tard. Dans cet article, je voulais juste montrer que les alpages tels que nous les connaissons sont en grande partie dus à l'homme.
Au sujet des schémas de pâturage, il faut juste faire attention à une tendance intégriste observée dans certains Parcs où, sous prétexte de surpâturage, on interdit les moutons. Mais la solution au surpâturage n'est hélas pas si simple. Ça dépend entre autres de l'altitude, des conditions climatiques locales (qui dépendent des caractéristiques topographiques du versant) et de la géologie (calcaire ou schistes, par exemple).
Entre 2000 et 2400 mètres grosso modo, partout où les conditions sont moyennes, la lande à rhododendron puis le mélezein remplaceront la pâture : la paysage redevient alors naturel, mais plus fermé. C'est un arbitrage à faire entre l'esthétique (paysages dégagés) et le retour au naturel. Au niveau de la biodiversité, le meilleur est entre les deux, avec clairières et lisières.
À plus basse altitude, si on ne rétablit pas la fauche, on obtient des milieux pauvres à herbes hautes et dures, qui favorisent le déclenchement d'avalanches.
À plus haute altitude… c'est un casse-tête ! Il ne suffit pas de limiter le pâturage, il faut faire des travaux, et le coût est hors de portée.
Bref, je m'arrête là, voilà de nombreux articles en perspective, et je vous remercie encore de votre contribution attentive et éclairée.
Posté par Didier Vereeck — 22 Sep 2008, 11:24
Merci surtout à vous de traiter, au travers de la photographie, de tels sujets, quasiment jamais abordés !
Posté par David — 22 Sep 2008, 12:49
Merci de le remarquer car en effet, c'est mon but, de traiter ces sujets et bien d'autres peu ou pas abordés.
Posté par Didier Vereeck — 22 Sep 2008, 19:12