À l'origine de la nouvelle Une balade sensorielle
Le Queyras est un massif que j'affectionne particulièrement. J'y suis allé pour la première fois en 1974 y faire du ski de fond, à la Maison de Gaudissard. Je me souviens encore d'une montée en pas alternatif à la Chapelle de Clausis, menée tambour battant par Roland Preis puis, lorsqu'il eut décroché, par Francis Martin. Peu de temps après, je devenais moniteur de ski de fond, mais à Névache. En Queyras, je l'ai juste été une année à Château Queyras. Les étés suivants, j'ai randonné un peu partout dans le Queyras et je suis devenu accompagnateur en montagne, sous la houlette de Gérard Gentil. Combien de tours du Queyras et du Viso j'ai accompagné, je ne sais plus…
Tout cela m'a marqué, mais deux expériences dont une bien plus précoce m'ont marqué davantage encore. Ce fut en 1967 la recherche de minéraux de cuivre à la mine de Saint Véran, expérience qui m'a décidé à commencer une collection de minéraux (la récolte de minéraux est désormais interdite à cet endroit, et depuis belle lurette). Nous dormions dans la baraque de la mine, un endroit certes plat mais en ciment ! Pour redescendre, le tri fut sévère car nous portions à dos. Il n'y a qu'une heure de marche pour rentrer à Saint-Véran, où le car pour la colo d'Embrun nous attendait, mais tout de même : je n'avais que 10 ans ! Et, quelque temps plus tard, je me souviens encore de la tête de mon père à la gare, quand il a soulevé ma valise, ou plutôt essayé !
Par la suite, j'ai souvent marché en Queyras dans la cadre de la colonie, presque tous les étés. Puis vers 1975 un défi de folie avec un copain étudiant comme moi m'a demandé pas mal d'entraînement et un brin de ténacité. Des « coups » de ce genre j'en ferai d'autres par la suite. Là, il s'agissait d'effectuer le tour du Queyras par les crêtes, en autonomie, sans jamais redescendre (nous ne mangions pratiquement que des amandes). Projet pas tout à fait mené à terme (il y a quelques passages impossibles) mais presque. J'ai beaucoup écrit de poésie à l'époque (envolée avec les ans). Il m'en est resté un goût pour le sauvage et le désert, et une sorte de connaissance intime de la montagne. Elle me paraît particulièrement sensuelle en Queyras, et c'est sans doute pour ça que j'ai écrit cette nouvelle, Une balade sensorielle.
Je l'ai écrite d'un jet en 2001, au cours d'une période de forte inspiration et au retour d'un séjour à tutoyer les cimes. Oh, pas d'escalade, seulement des balades d'automne le pas libre, profitant du fait qu'on peut passer partout. Ce n'est pas très écologique, mais je navigue la plupart du temps à vue hors sentier. Si toutefois vous sortez également des sentiers, ne le faites pas sans connaître la faune locale afin de ne pas risquer de la déranger. Bien entendu soyez particulièrement attentif à ne rien dégrader, ne pas faire rouler de pierres et ne pas accentuer le ravinement par des descentes intempestives. J'insiste sur ce respect car il serait dommage qu'une fréquentation irrespectueuse oblige le Parc à prendre des mesures de prévention et à interdire l'accès de la plupart des zones. En effet, je ne connais rien de plus enthousiasmant que la marche hors sentier.
Mais au fond, cette nouvelle se passe en grande partie sur un sentier, tant il est vrai que l'automne et sa quiétude donnent souvent l'impression d'être le natif du premier jour.
Au départ, le texte devait accompagner un livre ambitieux de photos du Queyras et puis le projet n'a pas abouti (plus tard, peut-être). L'éditeur trouvait le texte trop littéraire et les photos trop plastiques. Quelque chose de plus bateau lui aurait mieux convenu mais je lui pardonne, il s'agissait d'un grand éditeur et les contraintes marketing sont ce qu'elles sont. Je vous livre le texte aujourd'hui par épisodes. Voici le cinquième, il faudra attendre le neuvième pour connaître la chute ! Chaque publication est l'occasion de mettre en valeur une photo qui peut-être serait passée inaperçue.
Même si certains aspects sont propres à ma vie, chaque randonneur ou chaque amoureux de la montagne se reconnaîtra dans la nouvelle. Quant aux moins habitués de l'intimité des cimes, j'espère que la lecture les inspirera pour une vision différente et plus sensorielle de la montagne. Quoi qu'il en soit je livre là une de mes principales sources d'inspiration. Pour moi, la nature est comme une belle qui s'offre non pour qu'on la désire mais pour qu'on l'aime. Je ne connais pas d'autre lieu où sentir autant le souffle de l'univers (il est possible que ce soit comparable à ce que certains ressentent dans le désert). Quant on randonne seul à l'automne, par exemple, difficile de se sentir seul en vérité tant le divin est assourdissant. Le divin ou quelque nom que vous lui donniez, il y a quelque chose de fort qui vous tape dans le cœur et s'empare de vos cellules.
Être seul dans la montagne (ou éventuellement en couple) et se laisser inspirer, c'est une expérience unique que je vous conseille ! Seul ou à deux, c'est d'ailleurs un vécu différent. Quoiqu'il en soit, l'archaïque en nous se manifeste et rencontre l'universel, et on en rentre certainement plus fort et serein. Quiconque garde en lui ouverte une porte par laquelle souffle l'air de la montagne est ad vitam aeternam relié au plus beau de lui-même.
> Une balade sensorielle, épisode 1
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08 Juillet 2008 à 19:26 dans
- PRÉSENTATION
