Prix du pétrole, chance ou risque pour nos montagnes ?
Ce 22 juin 2008, petite randonnée au lac Sainte Anne avec ma femme. Rien d'extraordinaire, n'est-ce pas ? Le lac Sainte Anne est certainement un des lieux les plus courus du Queyras, pour diverses raisons, l'une des moindres n'étant pas la brièveté de la balade (400 mètres de dénivelé). Eh bien quoi, alors ?
Eh bien, en cette fin de juin, à l'approche des vacances, un week-end de beau temps, et un dimanche de surcroît… il n'y avait personne. En témoigne cette photo du lac. Je ne sais pas si une chose aussi extraordinaire est arrivée depuis les années soixante-dix. Certes, c'était en fin d'après-midi, et nous avons croisé quelques personnes qui redescendaient. Pas foule, tout de même. Habituellement, il reste des gens au lac tant que le soleil n'est pas passé derrière les crêtes. Je dirais même qu'il y a tant de monde que ça incite ceux qui recherchent le calme à rester tard. Et puis il faut moins d'une heure pour redescendre, on peut donc traîner.
Il est possible que les deux mois de mauvais temps aient incité les gens à se méfier de la montagne, ou encore certains ont-ils perdu l'habitude de venir, d'autres ont retardé ou annulé leurs vacances, et d'autres encore ont fort à faire dans leur jardin face à l'exubérance de la végétation copieusement arrosée.
Peut-être. J'y vois surtout le prix de l'essence. Dans tout le Queyras, il y avait davantage de cars que de voitures. Un peu partout, les queues dans les stations-service sont un souvenir. Quant au retour sur la Provence un dimanche soir, il s'est fait sans grande circulation, et le passage au péage fut quasi désert.
Les partisans du calme vont se réjouir. Si le prix de l'essence continue à grimper (c'est fort probable), il y aura moins de monde en montagne. Mais alors le tourisme va en pâtir, et ceux qui en vivent souvent difficilement seront fragilisés. Quant à la mission éducatrice du parc, elle risque d'avoir moins de portée.
En effet, on peut souhaiter le calme et la solitude en montagne (je suis le premier), il est bon également de voir que la fréquentation des massifs justifie leur protection et les financements qui vont avec. Au-delà, je pense que plus les gens viennent en montagne, plus la conscience de la nature augmente (je sais que tout le monde n'est pas d'accord avec ce point de vue).
« Que se passera-t-il si la tête de nos enfants devient dépourvue de beauté et de poésie ? » Clic/agrandir et légendes
Il est certain que de réduire les déplacements fera du bien à la planète et au climat, à nos oreilles et nos poumons. Mais que se passera-t-il à terme si les enfants ne viennent plus voir les champs de fleurs ? Cette beauté et cette luxuriance ne leurs feront-elles pas défaut ? Que se passera-t-il si la tête de nos enfants devient dépourvue de beauté et de poésie ?
Ce n'est bien entendu pas une fatalité, et moins venir ne signifie pas ne pas venir du tout. Mais ceux qui croient au ré-enchantement du monde par la nature doivent avoir conscience que désormais, il faudra davantage communiquer pour maintenir un intérêt constant. On peut le regretter mais les merveilles de nos vallées ne pèsent pas lourd devant les tracas quotidiens, que le prix croissant du pétrole ne fera qu'amplifier à terme bref et pour longtemps.
Pourtant, à l'heure où chacun court après l'argent, plonger ses sens dans les prairies et les alpages au printemps donne une bonne idée de ce qu'est la véritable abondance.
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24 Juin 2008 à 19:27 dans
- OPINION
