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PHOTOS DU QUEYRAS, randonnées, lieux, récits

Erosion : 15 millions d'euros…


 Guil après crue

Echalp, en amont de Ristolas. Le lit du Guil a été curé, les blocs et les branches mis de côté avant d'être évacués. Clic/agrandir 

15 millions d'euros, c'est ce qu'ont coûté les inondations du 8 juin 2008 en Queyras, uniquement pour la réfection des routes. Ces destructions rappellent la réalité de l'érosion en montagne. Souvent, lorsqu'on montre à des étudiants ou des touristes curieux les couches géologiques, ils ont du mal à comprendre comment un torrent a pu accumuler des mètres voire des centaines de mètres de galets (cas des conglomérats qui constituent le plateau de Valensole).

Eh bien ici, il a suffit de fortes pluies associées à la fonte des neiges, sans que l'événement météorologique soit exceptionnel ou d'une ampleur démesurée, pour qu'un torrent emporte le goudron sur plusieurs kilomètres, entre la Roche Écroulée et l'Échalp.

On peut voir sur la photo la nature du phénomène. Le lit du torrent est très large, en fait tout le fond de la vallée, et il divague au gré des crues. On voit clairement qu'il charrie aussi bien des galets que des rochers. On a du mal à se figurer la force de l'eau nécessaire à un tel charriage. Les montagnes alentours sont aujourd'hui d'une altitude relativement faible et le climat pas assez chaud et humide pour que des phénomènes d'érosion tels qu'il y a eu dans les temps géologiques se produisent. Les galets se répartisent mais ne s'accumulent pas vraiment. En d'autres temps géologiques, ils auraient été charriés jusqu'à Guillestre, peut-être.

Au niveau humain, y a-t-il une solution ? Il faudrait endiguer le torrent, mais on risque alors de reporter les crues plus en aval, ce qui n'est certainement pas intelligent. Il faudrait donc le faire sur toute la longueur du Guil, jusqu'aux gorges. Outre le coût monumental des travaux, ce serait un massacre écologique et visuel. Le choix des instances officielles de laisser divaguer le torrent est assez judicieux, tant sur un plan écoloqique qu'économique. Par contre, ce qui est absurde, c'est de la reconstruire à chaque crue, et de plus en plus fréquemment. Le changement climatique laisse augurer une occurrence et une violence des épisodes de plus en plus grandes.

Le guil

Le Guil n'occupe qu'une partie de son lit mais en cas de crue, il dépose galets et rochers sur toute sa largeur. Clic/agrandir 

On pourrait limiter l'atteinte de la route en draguant le fond du torrent, qui ressemblerait alors davantage qu'aujourd'hui à un chantier, et ne changerait rien aux grosses crues. La solution la plus sage est de remettre en cause la route ou sa position.

Fermer la route et la laisser se dégrader semble une solution peu satisfaisante sur un plan économique car les touristes risquent fort de déserter l'endroit. Ce fond de vallée n'est déjà pas si attractif. L'accès par la route est long et ensuite pour les randonnées, la marche d'approche est importante. Rallonger les randonnées de plusieurs kilomètres (aller-retour) peut suffire à être dissuasif. En même temps, on se dit que tout de même, une demie heure de marche supplémentaire n'est pas le bout du monde. Outre que ce n'est pas certain, notamment pour les touristes qui s'arrêtent au belvédère du Viso, il serait sans doute dommage de transformer l'Echalp en parking, car il faudrait au moins tripler le parking existant.

Refaire la route plus haut, à flanc de montagne, et la remettre en service jusqu'au belvédère (après tout, dans les années quatre-vingt-dix elle était encore praticable et autorisée) serait une solution, mais elle est peu réaliste en termes de coût et dégraderait le paysage. Le problème du parking resterait d'ailleurs entier, puisqu'il faut une zone plate assez large.

Finalement la solution retenue, laisser divaguer le torrent, bien qu'aberrante à première vue, ou qui semble prise pour des raisons d'intégrisme écologique, apparaît comme la moins mauvaise. Il faut toutefois avoir conscience que cette solution signifie tôt ou tard la disparition définitive de la route. Il n'est pas improbable que la vallée soit un jour recouverte de galets, voire qu'un lac se constitue.

Une des conséquences du réchauffement climatique sera peut-être la reprise de l'érosion et des phénomènes alluvionnaires dans les Alpes. La tendance est à une augmentation des hauteurs de neige, à leur fonte brutale par réchauffement soudain, et aux phénomènes orageux violents et fréquents. L'inondation du 8 juin pourrait tout à fait se reproduire en dix fois pire. Il suffirait d'un éboulement concomitant pour que la vallée se bouche et qu'un lac se forme. Or l'augmentation de la pluviométrie et de la température favorisent l'apparition d'éboulements (la chaleur augmente l'altération des roches et la pluviométrie l'infiltration d'eau en profondeur).


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