Une balade sensorielle (2)
Si vous n'avez pas lu le début, cliquez ici
Souvenir des lacs Egourgéou et Foréant. Clic/agrandir
[> Épisode 1, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8, épisode 9]
– Éva, tu sais qu’à cette époque de l’année, ce n’est pas la peine de ruser ! Aller hors sentier n’est pas nécessaire. Autant profiter des chemins les plus larges et des balades les plus courtes !
Éva soupira de ravissement. Elle balaya la montagne d’un regard de propriétaire. Octobre, pas un chat en montagne, un lundi en plus ! Quel bonheur d’aller n’importe où avec la quasi certitude de n’y rencontrer âme qui vive ! Francis poursuivait sa récitation.
– Sûr qu’au mois d’août, la première fois que tu es venue, c’était autre chose. Et pourtant, tu as déjà vu fin août qu’il y avait moins de monde. Rappelle-toi quand tu t’es baignée dans le lac Égourgéou…
Francis se tut, gêné. Rouge. Confus. Le souvenir de la belle toute de fraîcheur dans sa nudité lui agitait le bulbe. L’histoire était simple : il n’avait jamais vu un corps pareil. Quelque chose d’indéfinissable… une sensualité d’animal sauvage qui émanait d’elle. Il l’avait tout de suite aimée, pas comme on aime une fille qu’on va draguer, non, quelque chose de plus profond. Pas non plus comme on aime une femme qu’on va épouser, non, quelque chose de plus simple. Un grand trouble. Un sentiment qui se superposait à son amour de la montagne. Qui se confondait peut-être avec son amour de la vie. Oui, une joie de vivre, cette fille. Une simplicité comme un arbre sur une crête. Un souffle dans une chaude prairie. Subjugué par le souvenir, il la regarda du coin de l’œil. Elle lui rendit un sourire narquois. Elle le crucifia.
– Je me souviens encore de ta tête. À croire que tu n’avais jamais vu de femme nue !
– Hum…
Elle explosa littéralement de rire. Francis riait aussi. Des frissons de joie vive, une émotion brut de décoffrage, lui parcouraient l’échine et tout le corps au souvenir nucléaire. Elle se fit tendre. Elle le baladait. Il la baladait en montagne, elle le baladait dans ses sentiments.
– Francis, tu es si doux, si tendre dans ta façon de regarder la montagne, la vie et moi !
– Euh…
– Et au moins avec toi, c’est clair. C’est ce que j’aime. Du coup, je me sens à l’aise.
Le chaud et le froid. Le cœur crucifié, le corps paralysé d’un froid subit, Francis se concentra sur son pas. Il voulait croire qu’il restait un peu d’ambiguïté dans la formule « au moins avec toi, c’est clair ». Pas une once, pourtant. Enfin, il remercia le ciel de se promener avec une beauté pareille et de l’assister dans ses baignades de naïades, puis il se perdit au pays des regrets éternels.
– Ça ne va pas, Francis ?
– Euh, si…
– Tu ne réponds pas à ma question ? Où tu m’emmènes ? Dans un endroit secret ?
– Euh ? Ah ? Non…
– Eh ! C’est quand même pas moi qui te fait cet effet ?
Il mentit de manière éhontée.
– Non, bien sûr !
– Toi, Francis, tu me troubles. Tu me mets en appétit. Tu m’ouvres les sens. Le trouble que tu crées est spécial. Pas amoureux… Mais je ne sais comment dire. Et toi, je te fais quoi ?
Aïe. Ne pas y croire. Ne pas s’engouffrer dans la direction piège. De toute façon, elle avait précisé « pas amoureux ». Donc le trouble faisait partie du jeu, mais ce n’était qu’un jeu. Tout à coup, Francis trouva une phrase qu’il estima originale.
– C’est… Tu es un peu comme la montagne, tu vois ?
– On me dit sauvage, c’est ce que tu veux dire ?
Ouf, sauvé. La belle revenait sur ses terres connues. Sauvage, un mot à retenir, ça, pour se tirer d’affaire en cas de trouble et pour évoquer l’effet charnel qu’elle lui faisait. Sauvage. Le mot se répercutait en infinis échos voluptueux. Sauvage. La beauté sauvage, la nudité sauvage… Sauvage, un terme qu’on pouvait appliquer sans crainte à la montagne. Il pourrait utiliser le mot jusqu’à plus soif sans même qu’elle se rende compte de l’émoi qu’il subissait. Elle ne verrait pas sa peau de hérisson enamouré, de toute façon. Sauvage, ah…
– Alors, Francis, tu m’emmènes dans un lieu sauvage ?
– Fréquenté l’été, mais là il n’y aura personne. Là-haut, derrière ces escarpements. Les lacs Blanchet. Comme tu arrives, j’ai choisi une balade courte.
– Mais je suis entraînée ! Et puis j’ai l’habitude, surtout cette année. Deux semaines en août, une en septembre.
Francis s’égarait dans des rêves sensuels. Il avait déjà passé plus de trois semaines avec la belle. Elle en rajoutait.
– C’est bien parce que je t’ai rencontré ! J’ai déjà pris d’autres accompagnateurs mais avec toi je me sens libre. Tu n’imagines pas que je me suis baignée nue avec un autre accompagnateur ?
– Hum…
– Toi, je te sens frais et nature. L’idéal de l’accompagnateur. C’est comme ça que j’imagine le montagnard ! Un peu un mythe dans la lignée du bon sauvage de Rousseau.
– Tu veux dire ?
– Laisse tomber.
Éva se ravisait. Elle se souvenait que Francis ne brillait pas par sa culture. Ce poète-né n’avait pas les références. Elle revint à un sujet plus facile pour le mettre à l’aise.
– Tu n’imagines pas que je montre ma poitrine à tous les accompagnateurs ?
Et pan dans les dents, dans le cœur, dans la chair. Elle le provoquait. Elle était encore endoudounée. Il décida de faire un détour pour qu’elle ait chaud. Aller chercher le soleil sur le mamelon de Clausicet. Puisqu’elle aimait le hors sentier, elle en aurait. Et comme ça, le temps de traverser les pierriers sous les Toillies, ils arriveraient au lac à l’heure de la pause… et du déshabillage. Hum, Francis, reprends-toi…
– Francis, je vais te confier un secret. Je ne me suis jamais sentie aussi à l’aise nue avec un homme.
– Ah ?
À suivre, la semaine prochaine…
-
26 Mai 2008 à 10:36 dans
- FICTION


Belles photos, le reste est particulièrement indigeste....
Posté par FRA14 — 28 Mar 2009, 11:37
Je vous remercie de votre commentaire, que vous appréciez les photos, c'est déjà ça !
Cela étant, il s'agit d'une nouvelle, pas d'un récit. Donc si vous avez bloqué sur le terme « nue », il faudrait peut-être que vous lisiez jusqu'à la fin. Il est possible que vous ayez une surprise (comme dans toute nouvelle)…
Par contre, si c'est sur le style, chacun ses goûts évidemment.
Posté par Didier Vereeck — 28 Mar 2009, 19:39