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PHOTOS DU QUEYRAS, randonnées, lieux, récits

Photos, textes et infos sur le Queyras

      
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Didier Vereeck, auteur photographe et auteur de l'écrit, membre du Réseau Focalis
  


Christophe Sidamon-Pesson et Michel Blanchet : L’Autre Versant


 

Sur mon blog d'auteur-photographe, je présente le livre de Christophe Sidamon-Pesson, avec des textes de Michel Blanchet. Christophe est bien connu comme photographe dans le Queyras : il habite à Ceillac. Michel est connu comme conseiller scientifique du Parc Régional du Queyras, et entre autres pour avoir créé la Crypte, le mini musée géologique du Parc. Les deux auteurs nous montrent une vision différente du Queyras, qui ne dépaysera pas ceux qui ont l'habitude randonner seul.

Les aspects scientifiques ne sont pas oubliés et les photos animalières font toujours la part belle à l'ambiance, comme avec la photo ci-dessus d'une jeune chouette chevêchette.

> [Livres photos] L’Autre Versant
> Site de Christophe Sidamon-Pesson

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À l'origine de la nouvelle Une balade sensorielle


Le Queyras est un massif que j'affectionne particulièrement. J'y suis allé pour la première fois en 1974 y faire du ski de fond, à la Maison de Gaudissard. Je me souviens encore d'une montée en pas alternatif à la Chapelle de Clausis, menée tambour battant par Roland Preis puis, lorsqu'il eut décroché, par Francis Martin. Peu de temps après, je devenais moniteur de ski de fond, mais à Névache. En Queyras, je l'ai juste été une année à Château Queyras. Les étés suivants, j'ai randonné un peu partout dans le Queyras et je suis devenu accompagnateur en montagne, sous la houlette de Gérard Gentil. Combien de tours du Queyras et du Viso j'ai accompagné, je ne sais plus…

Tout cela m'a marqué, mais deux expériences dont une bien plus précoce m'ont marqué davantage encore. Ce fut en 1967 la recherche de minéraux de cuivre à la mine de Saint Véran, expérience qui m'a décidé à commencer une collection de minéraux (la récolte de minéraux est désormais interdite à cet endroit, et depuis belle lurette). Nous dormions dans la baraque de la mine, un endroit certes plat mais en ciment ! Pour redescendre, le tri fut sévère car nous portions à dos. Il n'y a qu'une heure de marche pour rentrer à Saint-Véran, où le car pour la colo d'Embrun nous attendait, mais tout de même : je n'avais que 10 ans ! Et, quelque temps plus tard, je me souviens encore de la tête de mon père à la gare, quand il a soulevé ma valise, ou plutôt essayé !

Par la suite, j'ai souvent marché en Queyras dans la cadre de la colonie, presque tous les étés. Puis vers 1975 un défi de folie avec un copain étudiant comme moi m'a demandé pas mal d'entraînement et un brin de ténacité. Des « coups » de ce genre j'en ferai d'autres par la suite. Là, il s'agissait d'effectuer le tour du Queyras par les crêtes, en autonomie, sans jamais redescendre (nous ne mangions pratiquement que des amandes). Projet pas tout à fait mené à terme (il y a quelques passages impossibles) mais presque. J'ai beaucoup écrit de poésie à l'époque (envolée avec les ans). Il m'en est resté un goût pour le sauvage et le désert, et une sorte de connaissance intime de la montagne. Elle me paraît particulièrement sensuelle en Queyras, et c'est sans doute pour ça que j'ai écrit cette nouvelle, Une balade sensorielle.

Je l'ai écrite d'un jet en 2001, au cours d'une période de forte inspiration et au retour d'un séjour à tutoyer les cimes. Oh, pas d'escalade, seulement des balades d'automne le pas libre, profitant du fait qu'on peut passer partout. Ce n'est pas très écologique, mais je navigue la plupart du temps à vue hors sentier. Si toutefois vous sortez également des sentiers, ne le faites pas sans connaître la faune locale afin de ne pas risquer de la déranger. Bien entendu soyez particulièrement attentif à ne rien dégrader, ne pas faire rouler de pierres et ne pas accentuer le ravinement par des descentes intempestives. J'insiste sur ce respect car il serait dommage qu'une fréquentation irrespectueuse oblige le Parc à prendre des mesures de prévention et à interdire l'accès de la plupart des zones. En effet, je ne connais rien de plus enthousiasmant que la marche hors sentier.

Mais au fond, cette nouvelle se passe en grande partie sur un sentier, tant il est vrai que l'automne et sa quiétude donnent souvent l'impression d'être le natif du premier jour.

Au départ, le texte devait accompagner un livre ambitieux de photos du Queyras et puis le projet n'a pas abouti (plus tard, peut-être). L'éditeur trouvait le texte trop littéraire et les photos trop plastiques. Quelque chose de plus bateau lui aurait mieux convenu mais je lui pardonne, il s'agissait d'un grand éditeur et les contraintes marketing sont ce qu'elles sont. Je vous livre le texte aujourd'hui par épisodes. Voici le cinquième, il faudra attendre le neuvième pour connaître la chute ! Chaque publication est l'occasion de mettre en valeur une photo qui peut-être serait passée inaperçue.

Même si certains aspects sont propres à ma vie, chaque randonneur ou chaque amoureux de la montagne se reconnaîtra dans la nouvelle. Quant aux moins habitués de l'intimité des cimes, j'espère que la lecture les inspirera pour une vision différente et plus sensorielle de la montagne. Quoi qu'il en soit je livre là une de mes principales sources d'inspiration. Pour moi, la nature est comme une belle qui s'offre non pour qu'on la désire mais pour qu'on l'aime. Je ne connais pas d'autre lieu où sentir autant le souffle de l'univers (il est possible que ce soit comparable à ce que certains ressentent dans le désert). Quant on randonne seul à l'automne, par exemple, difficile de se sentir seul en vérité tant le divin est assourdissant. Le divin ou quelque nom que vous lui donniez, il y a quelque chose de fort qui vous tape dans le cœur et s'empare de vos cellules.

Être seul dans la montagne (ou éventuellement en couple) et se laisser inspirer, c'est une expérience unique que je vous conseille ! Seul ou à deux, c'est d'ailleurs un vécu différent. Quoiqu'il en soit, l'archaïque en nous se manifeste et rencontre l'universel, et on en rentre certainement plus fort et serein. Quiconque garde en lui ouverte une porte par laquelle souffle l'air de la montagne est ad vitam aeternam relié au plus beau de lui-même.

> Une balade sensorielle, épisode 1


Apprendre à regarder la nature : Petit Belvédère du Viso


feuille de fraisier

Mélèzes d'or à l'automne. Clic/agrandir

Après Abries, et surtout après Ristolas, la vallée du Guil s'enfonce vers le sud entre les montagnes. La rive gauche (à droite de la route quand on monte) est faite de parois assez hautes, derrière lesquelles le soleil se cache tôt, aussi vaut-il mieux venir le matin. Dès le début d'après-midi, l'ombre gagne vite. Beaucoup de touristes arrivent là simplement parce qu'ils vont au bout de la route. Après avoir circulé sur un chemin de pierre parfois mauvais, en pestant ils se garent sur le parking de la Roche écroulée, 1780 mètres, qui a tout de la zone de supermarché en travaux. Petite différence, si on les regarde de près les pierres sont belles.

Sortant de sa voiture, le touriste se frotte les bras, surpris de la température frisquette. Il jette un œil alentours, voit qu'il existe un sentier de découverte. À la petite, toute excitée à l'idée de découvrir quelque chose, il rétorque « Oui, on reviendra ! Mais là il fait trop froid, on repart ! ». La gamine a beau dire « Mais pourquoi on est venus, alors ? », toute la petite famille repart, car il n'y a pas de réponse à cette question.

Il faut être honnête : même après examen attentif, on ne voit guère ce qu'il y a à voir ou à faire ici. Le lieu est encaissé, caillouteux : il n'y a ni lac ni jolie prairie ; juste un torrent furieux qui coule dans la caillasse ; point de beaux sommets, seulement des pentes interminables. D'accord, c'est un départ de balades, il y a même une école d'escalade sur les blocs de la roche écroulée, mais la montagne n'est pas faite que pour les randonneurs et les grimpeurs : chacun doit pouvoir y trouver son bonheur, y compris ceux qui veulent ou ne peuvent pas marcher.

feuille de fraisier

La roche écroulée. Clic/agrandir

Et si on en profitait pour regarder ? Le lieu est bien plus intéressant qu'il y paraît de prime abord. Mieux, l'intérêt ne tient pas tant à l'existence du sentier de découverte (dit sentier écologique) mais à autre chose d'indéfinissable. Dans un coin tapageur, on est tellement occupé à regarder tout ce qu'il y a à voir qu'on ne peut guère être sensible à l'ineffable. Ici, si.

Je ne décrirai pas dans ce billet le sentier de découverte (ce sera pour plus tard) mais je vais vous montrer diverses petites choses, photographiquement bien entendu. Ensuite, à vous de jouer ! Un jeu idéal pour les enfants, qui adorent regarder par terre (les jolis sommets les ennuient). Le jeu consiste à trouver toutes ces petites merveilles naturelles tellement improbables qu'elles vous retournent le cœur, pour peu que vous soyez en mode sensible « on ».

Commencez par du gros, du lourd : la roche écroulée, qui a donné son nom au lieu. Voilà un sacré bloc dont on se demande bien d'où il peut provenir. Un examen rapide des parois alentours donne le frisson et le tournis. Eh bien voilà, quand il est tombé, il a fait un tel bruit que les habitants de l'Echalp ont cru à un tremblement de terre, paraît-il.

feuille de fraisier

La serpentine, une roche verte ici dans le Guil. Clic/agrandir

Pour le reste, il s'agit maintenant de regarder par terre ou à hauteur d'œil. Au sol, il y a des cailloux, hein ? Eh bien remarquez leur couleur : vert, le plus souvent. Des roches vertes, vous avez dû en entendre parler depuis que vous êtes en Queyras. Il y en a même des massifs entiers. Savez-vous que ce sont des morceaux d'océan ? Lors de la formation des Alpes, la croûte océanique a été comprimée par le télescopage des plaques africaine et européenne. La croûte broyée et chauffée s'est transformée en ces roches vertes (métamorphisme, transformation des roches par la chaleur et la pression). Ensuite, elle a été portée à l'altitude actuelle par les mouvements tectoniques. Au départ, ces roches étaient surmontées d'autres roches : les Alpes mesuraient environ 15 kilomètres de hauteur. Puis l'érosion a décapé tout ça, dégageant les roches vertes, qui devinrent alors des sommets. L'érosion continue les a également entamées, et on les retrouve aujourd'hui dans les ruisseaux sous forme de galets comme ici.

Après toutes ces explications qui aiguisent l'esprit et portent dans un autre monde, vous êtes prêt à regarder des choses plus simples, peut-être ? Comme par exemple les reflets du ciel et des parois dans les arabesques fluctuantes du torrent, ou un clin d'œil du couchant dans les eaux vertes du Guil (à cause des roches vertes).

feuille de fraisier feuille de fraisier

Le Guil coule dans les roches vertes - Clin d'œil inquiétant - Clic/agrandir

En marchant un peu le long du sentier de découverte, le bois le plus sec s'anime pour nous jouer les animaux, ou bien des petites compositions végétales, comme ici avec une bête feuille de fraisier. Pas mal, non ? Vous remarquerez que la photo a été prise à l'automne, saison idéale pour ce genre de découverte. Toutefois l'été convient bien, de toute manière ici il n'y a jamais grand monde (relire le début…). Vos pas vous mènent bientôt jusqu'à la tremblaie et si vous m'avez écouté, que vous êtes venu le matin (tôt si possible), vous allez avoir un choc devant la merveille des merveilles : une feuille de tremble recouverte de rosée. C'est une véritable moisson à soi tout seul, non ? Bref, je ne vais pas tout vous raconter aujourd'hui car on n'aurait pas fini, mais n'ayez crainte, je reprendrai un peu plus tard !

feuille de fraisier     feuille de fraisier

Feuille de fraisier - Feuille de tremble en rosée - Clic/agrandir

Sinon, vous pouvez également aller à pied jusqu'au Petit belvédère du Viso, voire pousser jusqu'au Grand belvédère, pour y voir un peu de spectaculaire : le Mont Viso. Mais on l'aura compris, ce n'est pas la tonalité de cet article. Les choses simples à portée de mains (ou d'œil) apportent parfois plus que les grands spectacles de la nature !

Pour vous rappeler que la nature en montagne reste sauvage, lisez l'article sur les inondations de juin 2008, « À La Roche Écroulée, c'est Beyrouth » (Dauphiné libéré). Du coup, ça n'est pas sûr que vous puissiez y accéder en voiture cet été. Bad luck !

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Le cembro du Queyras


 cembrot

Clic pour agrandir 

Mythe des grands espaces, Colorado… Eh non, le Queyras ! Quelle que soit la personne qui regarde la photo, cet arbre en forme de candélabre évoque automatiquement le Colorado. Et pourtant, pour y  être allé, je n'ai jamais vu de tels arbres. Bref, un arbre aussi singulier mérite bien d'être le titre d'un article.

Bien entendu le traitement graphique (avec filtre polarisant) y est pour quelque chose mais pourquoi ne pas sauter de joie devant nos beautés plutôt que de rêver d'États-Unis ?

Revenons à votre arbre. Savez-vous où la photo a été prise ? Même si vous connaissez bien le Queyras, je doute que vous puissiez trouver facilement. Pourtant, cet arbre est bien visible, fort près d'un lieu très fréquenté.… mais je vous mets au défi de trouver !

Il s'agit d'un pin cembrot (ou cembro, Pinus cembra) quelque peu dépiauté, probablement par la foudre. Qui dit Cembrot dit terrain sec voire rocheux, promontoire et altitude assez élevée, de l'ordre de 2000-2400 m. Dans le cas précis, le terrain n'est pas très rocheux, il s'agit d'une pente et non d'un promontoire, et l'altitude est en effet de 2250 m.

Sur un plan biologique, la photo est assez évocatrice pour cet arbre résistant, qui pousse dans des lieux froids aux hivers longs et rigoureux. La photo suggère également quelque chose qui est particulièrement vrai : sa croissance lente. Pensez-donc, à trente ans il ne mesure guère plus d'un mètre de haut ! Mais, compensation, il peut vivre 600 ans (sans dépasser les 25 mètres).

C'est un arbre aimé et recherché des randonneurs. Belle allure, odeur agréable, jolis cônes bleus enrésinés au parfum enivrant, pignes comestibles de la taille de petites amandes. Toutefois si vous trouvez des pignes, vous avez de la chance : les forestiers les recherchent activement et surtout, le cassenoix moucheté est un farouche concurrent. L'oiseau stocke des graines dans des caches pour l'hiver. Il en oublie parfois, expliquant la survenue de bouquets de pins ici et là.

Quant aux montagnards, ils recherchent le pin cembrot surtout pour son bois, qui fait de belles planches et se sculpte à merveille. La plupart des meubles et objets divers sculptés que vous trouverez dans les villages sont en pin cembrot.

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Queyras, un pays de balades

Le Queyras, plus que tout autre massif, invite à la balade. J'ai bien dit la balade, pas seulement la randonnée. Car ici, on a envie de traîner. La nature est douce et on croit à chaque pas en entendre les esprits. Peut-être est-ce réel ? Le relief est une combinaison de pentes douces et de parois abruptes. Il y a pas mal d'endroits inaccessibles ou presque, mais il reste une foultitude d'endroits où promener sur les chemins, nombreux. Rien n'empêche de s'aventurer hors sentier même s'il est préférable de ne pas en faire une habitude, afin de ne pas perturber la faune.

En Queyras, j'aime l'opposition du doux et du dur, par exemple contempler une paroi rocheuse confortablement installé sur un replat herbeux. J'aime particulièrement le faire à l'automne, quand les herbes sont sèches, les mélèzes d'or et qu'un peu de neige rehausse le tout. Je vous mettrai bien une photo de paroi mais je ne vais tout de même pas commencer ce blog par de l'austère. Alors commençons donc par du classique : le Lac Miroir.

 

Lac miroir

 

Le lac Miroir ou des Prés Soubeyran est parmi les plus connus du Queyras, sur la commune de Ceillac. Certains prétendent que la vallée de Ceillac ne fait pas partie du Queyras. Historiquement c'est possible, mais la question a été tranchée par le Parc Naturel Régional, qui englobe toute la vallée de Ceillac dans son périmètre. Je n'ai d'ailleurs jamais compris ces débats car pour moi le Queyras commence à l'entrée des gorges. 

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